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Dysfonctionnement des glandes de Meibomius (DGM) : serait-ce la cause de votre sécheresse oculaire ?

Le dysfonctionnement des glandes de Meibomius est peut-être l’un des problèmes oculaires les plus fréquents dont vous ayez jamais entendu parler. Il est considéré en ophtalmologie générale comme représentant 30% des motifs de consultation. Le terme Meibomius désigne un type de glande précis situé dans la paupière. Les glandes de Meibomius sont nommées d’après Heinrich Meibom, le médecin allemand qui fut le premier à les décrire et les dessiner en 1666.

Il y a 30 à 35 glandes de Meibomius environ dans la paupière supérieure et 25 à 30 dans la paupière inférieure. Ces glandes ont pour fonction de sécréter des corps gras sur la surface de l’œil. Ces corps gras empêchent les larmes de s’évaporer trop vite.

Le dysfonctionnement des glandes de Meibomius (DGM) consiste en une obstruction des canaux excréteurs et /ou des modifications qualitatives /quantitatives des sécrétions glandulaires qui induisent une altération du film lacrymal avec une augmentation de l’évaporation de la partie aqueuse des larmes. Il s’agit donc d’un syndrome des yeux secs par évaporation et non pas par manque de sécrétion des larmes.

La terminologie "blépharite postérieure” est parfois employée de manière synonymique mais à tort car le DGM est une des causes de la blépharite postérieure ou inflammation de bord libre palpébral. Un autre nom du dysfonctionnement des glandes de Meibomius est la "meibomite".

Facteurs de risques du DGM

Le dysfonctionnement des glandes de Meibomius (DGM) est souvent la cause sous-jacente de la sécheresse oculaire.

La prévalence, la distribution démographique et géographique, les facteurs de risque et leur impact sur la santé oculaire et la qualité de vie commencent à être à peine connus. Mais de nombreuses études sont en cours pour mieux cerner cette pathologie. La prévalence augmente avec l’âge. Les personnes âgées de plus de 40 ans présentent un risque nettement supérieur de développer ce dysfonctionnement que les enfants ou les jeunes adultes. L’origine ethnique joue également un rôle. Un examen approfondi de recherches publiées en rapport avec le DGM a montré que certaines études observaient que jusqu’à 69% des populations asiatiques de Thaïlande, du Japon et de Chine présentaient des signes de dysfonctionnement des glandes de Meibomium*. En comparaison, elle oscille entre 3.5% et 19.9% chez les caucasiens (respectivement la Salisbury Eye Evaluation et le Melbourne visual impairment Project) .

Différents facteurs ophtalmiques comme le port des lentilles de contact, l’atteinte par des parasites nommés Démodex folliculorum et les autres syndromes secs sont pourvoyeurs des DGM.

Les blépharites antérieures (atteinte de la partie la plus antérieure de la paupière) peuvent également entraîner des DGM.

Il est important si vous portez du maquillage de vous démaquiller et de nettoyer vos paupières soigneusement tous les soirs.

Il existe également des facteurs systémiques comme un déficit androgénique, la ménopause, le syndrome de Gougerot-Sjögren, le taux de cholestérol, le psoriasis, l’atopie, l’acné rosacée, l’hypertension artérielle et l’hypertrophie bénigne de la prostate HBP

Des facteurs médicamenteux peuvent également être en cause, tels que les anti-androgènes, les médicaments utilisés pour traiter l' HBP, les traitements substitutifs de la ménopause, les antihistaminiques, les antidépresseurs et les rétinoïdes.

Une alimentation riche en acide gras oméga 3 serait quant à elle protectrice à titre préventif.

Comment le DGM est-il détecté?

Les symptômes du dysfonctionnement des glandes de Meibomius (yeux rouges, sensation de grains de sable, démangeaisons oculaires et vision floue et surtout forte variabilité de la vision) sont proches des symptômes de la sécheresse oculaire par manque de larmes. Seul un ophtalmologiste pourra confirmer si vous avez un DGM.

Votre ophtalmologiste pourra utiliser une technique simple pour détecter le DGM : appliquer une pression sur votre paupière et ainsi exprimer le contenu des glandes de Meibomius. En observant ces sécrétions, un ophtalmologiste pourra déterminer si vous êtes atteint d’un dysfonctionnement des glandes de Meibomius.

Les glandes de Meibomius sécrètent des graisses qui stabilisent le film lacrymal pour garder la surface de l’œil humide et confortable.

Comme ce dysfonctionnement affecte la stabilité du film lacrymal, votre ophtalmologiste pourra également tester la qualité, la quantité et la stabilité de vos larmes.

Un test très fréquent est appelé test de mesure du temps de rupture du film lacrymal ou « Tear breakup time » (TBUT). Cette procédure simple et indolore implique l’application d’une petite quantité de teinture dans le film lacrymal sur la surface à l’avant de l’œil nommé fluorescéine.

Votre ophtalmologiste pourra ensuite examiner votre œil avec une lumière bleu cobalt (qui fera briller votre œil) pour déterminer le temps nécessaire avant que le film lacrymal perde sa stabilité sur votre œil. Un test qui confirme l’absence d’atteinte de sécrétion lacrymale type Schirmer est souvent réalisé afin d’éliminer les syndromes mixtes.

Traitements du dysfonctionnement des glandes de Meibomius.

Celui-ci est basé sur l’évacuation des sécrétions épaisses hors des glandes et sur l’instillation de larmes artificielles. Les larmes artificielles permettent de lubrifier la surface oculaire et ainsi de diminuer l’osmolarité des larmes augmentée par l’évaporation, qui induit elle-même une inflammation de la surface oculaire. Différentes techniques sont disponibles pour ce faire.

Hygiène des paupières

Le traitement courant recommandé pour le DGM est d’appliquer des compresses chaudes, des masques ou lunettes chauffantes sur les paupières puis de les masser et de rincer au sérum physiologique pour éliminer les graisses évacuées. L’objectif de ce traitement est de faire liquéfier  et d’exprimer le corps gras épaissi qui obstruait les méats des glandes de Meibomius. Ce traitement pour être efficace doit être réalisé très régulièrement et en début de pathologie là où souvent il existe peu de symptômes motivant de suivre ce traitement contraignant. En effet, aux stades avancés de la pathologie l'hygiène des paupières, comme on nomme cette procédure, ne peut plus être d’aucune efficacité en raison d’une atrophie des glandes (elles stoppent leurs sécrétions).

Le sondage des glandes était une autre alternative. Au cours de ce traitement, des gouttes ophtalmiques anesthésiantes sont appliquées dans l’œil et l’ophtalmologiste utilise l’extrémité d’un instrument tenu à la main pour sonder et dilater les méats des glandes de Meibomius (proches de la base des cils). Cette procédure est rarement pratiquée car très inconfortable. De nouvelles alternatives de traitement sont disponibles aujourd’hui. Celles-ci comprennent :

Un système de pulsation thermique

Un dispositif prévu pour utilisation en cabinet médical qui applique suffisamment de chaleur sur les paupières pour faire liquéfier  les sécrétions graisseuses épaissies dans les glandes de Meibomius. Simultanément, le dispositif applique une pression pulsative sur la paupière pour évacuer le contenu des glandes dans les canaux excréteurs.

Le dispositif est attaché à la paupière pour une session de traitement de 12 minutes. Ce système est conçu pour qu’il n’y ait pas de transfert de chaleur ou de pression de la paupière vers le globe oculaire. Les recherches indiquent qu’un seul traitement par pulsation thermique améliore significativement la sécrétion des glandes de Meibomius et les symptômes de la sécheresse oculaire pour une période pouvant aller jusqu’à trois ans le plus souvent 18 mois environ.Ces traitements ne sont efficaces qu’en cas de stades débutants à modérés. Dans les stades très évolués ils ne sont plus indiqués.

Les systèmes de traitement par chaleur et compression

Ils disposent d’une source de chaleur à base de LED portable et manuelle pour chauffer les surfaces interne et externe des paupières afin de faire fondre les sécrétions cireuses coincées dans les glandes de Meibomius.

Lorsque suffisamment de chaleur a été appliquée pour faire fondre les sécrétions, votre ophtalmologiste comprime le bord des paupières pour exprimer les glandes de Meibomius bouchées tout en observant directement le processus. Le traitement s’effectue généralement en moins de huit minutes.

Des études ont démontré que le traitement du DGM par chaleur et compression permettait d’obtenir des améliorations significatives des signes et symptômes du dysfonctionnement des glandes de Meibomius et de la sécheresse oculaire, et ce, deux à quatre semaines après le traitement.

Des patchs chauffants adhésifs à usage unique sont également utilisés pour soigner le DGM. Ces patchs sont appliqués aux paupières externes et reliés par un câble à une petite unité chauffante réutilisable et tenue à la main. Après une période de chauffe de 12 minutes, l’ophtalmologiste utilise des forceps d’expression pour maintenir les paupières ouvertes, ouvrir les glandes de Meibomius bouchées et les drainer.

Une étude pilote d’un tel système a montré que celui-ci représentait une alternative de traitement efficace pour le DGM et la sécheresse oculaire, et qu’il permettait de diminuer les signes et symptômes de la sécheresse oculaire pendant 6 mois au moins. Aucune amélioration comparable n’a été constatée dans le groupe témoin de patients qui utilisaient des compresses chaudes à domicile tous les jours, mais un biais important existe sur la manière et la régularité de l'hygiène des paupières réalisée au domicile qui en est le principal écueil.

Thérapies complémentaires des glandes de Meibomius

Certains ophtalmologistes recommandent une association de traitements pour le DGM et la sécheresse oculaire. Les thérapies pouvant être conseillées en association avec les traitements mentionnés précédemment incluent :

  • Lumière pulsée intense (IPL). Ce traitement, employé par les dermatologistes depuis des années pour traiter la couperose, s’est également montré efficace pour soulager les symptômes du dysfonctionnement des glandes de Meibomius et de la sécheresse oculaire.

  • Le traitement IPL, qui applique des pulsations intenses de lumière visible et infrarouge sur les paupières, dure 20 minutes environ. Généralement, plusieurs sessions de traitement sont planifiées à plus ou moins un mois d’intervalle.

L’on estime que le traitement IPL diminue l’inflammation des paupières responsable de l’obstruction des glandes de Meibomius. Une étude sur trois ans portant sur le traitement IPL a donné des résultats encourageants pour le traitement du DGM, avec 93% des sujets indiquant leur satisfaction quant au degré d’amélioration des symptômes de la sécheresse oculaire après une série de sessions IPL. Il semble que ce traitement est intéressant pour prolonger les effets obtenus par les méthodes thérapeutiques citées précédemment.

Le débridement mécanique des paupières est un traitement en cabinet de la blépharite qui a également fait ses preuves pour diminuer les symptômes du dysfonctionnement des glandes de Meibomius. Cet instrument manuel gratte délicatement le bord des paupières avec une éponge rotative médicale. Cette mesure exfoliante retire le biofilm à l’origine de l’inflammation qui peut se former sur les paupières et entraîner l’obturation des glandes de Meibomius. Ce traitement dure généralement moins de 10 minutes pour nettoyer les quatre paupières. Il permet d’assainir la paupière des sécrétions stagnantes pourvoyeuses également de prolifération (en particulier de staphylocoques) entraînant une inflammation chronique.

Débridement manuel des paupières Au cours de ce traitement, votre ophtalmologiste utilise un instrument manuel pour décaper une matière appelée kératine et tout autre débris pouvant adhérer au bord des paupières et boucher les méats des glandes de Meibomius. Les recherches indiquent que le débridement-décapage de paupière apportait un soulagement considérable des symptômes de la sécheresse oculaire et du dysfonctionnement des glandes de Meibomius un mois après la procédure. Cette technique est cependant souvent inconfortable pour les patients.

Gouttes ophtalmiques antibactériennes Certaines études démontrent que les gouttes ophtalmiques antibactériennes à type de cyclines ont permis de résoudre le dysfonctionnement des glandes de Meibomius. Elles s’utilisent en cures régulières associée à l’hygiène des paupières. Pendant votre examen, votre ophtalmologiste vous indiquera si cette option est adaptée dans votre cas. Elles ont une action anti-inflammatoire.

Gouttes ophtalmiques à la cyclosporine. La cyclosporine est un agent qui modifie la réaction immunitaire de l’organisme d’une certaine manière. Ce médicament se trouve dans certains collyres sur ordonnance, utilisés pour gérer les symptômes de la sécheresse oculaire. Elles ne sont utilisées que lorsqu’il existe un syndrome sec marqué.

Compléments en oméga-3. Certains ophtalmologistes recommandent des compléments alimentaires avec des acides gras oméga-3 comme traitement complémentaire à l’un des traitements du DGM mentionnés ci-dessus. Un régime riche en oméga-3 peut également diminuer le risque de récidive du dysfonctionnement des glandes de Meibomius. Il semblerait que ces acides gras essentiels pourraient aider à mettre fin à l’inflammation liée au DGM et à diminuer le risque d’accumulation cireuse dans les glandes de Meibomius.

Consultez un ophtalmologiste

Lui seul pourra confirmer si vous avez un dysfonctionnement des glandes de Meibomius et vous donner les meilleures options de traitement du DGM en fonction de vos besoins spécifiques.

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